Donner sa vision au lieu de justifier ses résultats
Une réunion de comité de direction. On vous demande où en est votre projet. Vous répondez par les chiffres du trimestre, les jalons tenus, les difficultés contournées. Vous êtes précise, complète, irréprochable sur les faits.
Et pourtant, dans la salle, personne ne vous a vraiment entendue prendre position.
C'est une situation qui revient souvent chez les femmes managers que j'accompagne. On leur pose une question sur l'avenir, elles répondent sur le passé. On leur demande leur avis, elles présentent un bilan.
Ce que produit ce réflexe
Donner sa vision et justifier ses résultats, ce sont deux exercices différents. Le premier consiste à dire ce qu'on pense, où on va, ce qu'il faut décider. Le second consiste à prouver qu'on a bien fait son travail.
Le problème n'est pas de rendre compte. C'est de le faire à la place de prendre position.
Quand une dirigeante demande "où en êtes-vous", elle attend souvent une lecture de la situation et une direction. Répondre uniquement par le bilan revient à traiter la question comme une évaluation, alors qu'elle est une invitation à se positionner.
Pourquoi on répond sur le passé plutôt que sur le futur
Ce réflexe n'est pas un manque de compétence. C'est une posture apprise.
Beaucoup de femmes managers ont construit leur crédibilité sur la preuve. Montrer qu'on a fait, qu'on a tenu, qu'on a résolu. Cette preuve rassure, elle est vérifiable, elle ne prête pas le flanc à la contestation.
Se projeter, en revanche, expose. Dire "je pense que" ou "je propose de" engage un jugement, une lecture personnelle, un risque d'être remise en question. Le passé protège. Le futur expose.
Ce n'est pas un trait de caractère individuel. C'est un réflexe construit par des années de contextes où la parole des femmes a plus souvent été contrôlée que sollicitée pour trancher. Le résultat, c'est une réponse réflexe : produire des preuves avant de produire une position.
Ce que cela change dans la visibilité
Une personne qui rend compte est perçue comme fiable. Une personne qui prend position est perçue comme dirigeante.
Ce sont deux perceptions différentes, et elles ne se construisent pas de la même façon. Le reporting installe une image d'exécutante compétente. La vision installe une image de personne dont l'avis compte dans la décision à venir.
Concrètement, dans une même réunion, deux personnes peuvent apporter la même valeur au projet. Celle qui raconte ce qui a été fait reste identifiée à la tâche. Celle qui dit où le projet doit aller devient identifiée à la direction du projet. La différence de traitement, de promotion, d'écoute en réunion se joue largement à cet endroit.
Ne pas donner sa vision, ce n'est pas seulement une occasion manquée dans l'instant. C'est un signal répété qui construit, réunion après réunion, une place perçue en dessous de ce qu'on apporte réellement.
Comment travailler dessus ?
Le changement ne passe pas par plus de confiance en soi de façon générale. Il passe par un travail précis sur la formulation, au moment où la question arrive.
Repérer le réflexe. Quand on vous pose une question ouverte sur un sujet, notez la première phrase qui vous vient. Si elle commence par "j'ai fait" ou "on a fait", c'est un réflexe de justification. Si elle commence par "je pense" ou "ce que je propose", c'est une position.
Séparer les deux discours à l'oral. Ne pas mélanger bilan et vision dans la même phrase. Dire d'abord où en est le projet, en une ou deux phrases courtes. Puis marquer une rupture claire : "Voilà où on en est. Voici où je pense qu'on doit aller." Cette séparation oblige à formuler une position distincte du compte-rendu.
Préparer sa position avant la réunion, pas pendant. La vision ne se construit pas dans l'instant, sous le regard des autres. Elle se prépare à froid : qu'est-ce que je pense de la suite, indépendamment de ce qu'on va me demander de justifier.
Répondre aux "pourquoi" par une projection. Quand on vous challenge sur un choix, la tentation est de revenir sur les faits qui le justifient. Essayez de répondre par ce que ce choix permet pour la suite plutôt que par ce qui l'a motivé dans le passé.
Ce travail se fait en situation réelle, pas en théorie. C'est un des axes que je reprends avec les femmes que j'accompagne en coaching, sur des scènes concrètes tirées de leur agenda : la prise de parole en comité de direction, l'échange avec un pair qui challenge, l'entretien annuel où il faut dire où on veut aller. La compétence est là. Ce qui se construit, c'est la prise de position.
Anne Sauvaget est coach professionnelle certifiée RNCP et niveau L2 ICF. Après 30 ans dans le secteur du voyage d'affaires Premium VIP, jusqu'à un poste de Global Director d'une entité, elle accompagne aujourd'hui en ligne, partout en France, les femmes managers et entrepreneures qui souhaitent renforcer leur posture et leur légitimité professionnelle. Certifiée SERUM, elle conçoit et anime des bilans de compétences éligibles au CPF.


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