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Être féministe n'est pas un gros mot

17 août
3 min de lecture


J'avais huit ans. Sur la boîte aux lettres de mes grands-parents, il était écrit "M. et Mme Jean-Jacques Renault". J'ai demandé à mon grand-père : Pourquoi est-ce que mamie s'appelle Jean-Jacques ?

Il n'a pas répondu. Ma grand-mère riait sous cape. Le lendemain, l'étiquette avait

changé : son prénom à elle y figurait, pour la première fois.


Je n'avais pas de mot pour ce que je venais de faire. Je n'ai compris que bien plus tard que c'était déjà ça, nommer un déséquilibre qu'on ne questionnait jamais parce que tout le monde s'était habitué à ne pas le voir.


En vingt-cinq ans de management, j'ai gardé cette habitude. Un écart de salaire à poste équivalent. Une femme systématiquement interrompue en réunion. Une remarque sur le ton d'une collègue, jamais faite à un homme dans la même situation.


Je n'ai jamais eu besoin de me présenter comme féministe pour le faire. Mais j'ai vu, à chaque fois, la même chose se jouer autour de la table : le malaise n'était pas provoqué par le fait que je nommais. Il venait du mot qu'on craignait de voir arriver derrière.


Un mot qu'on préfère éviter plutôt que discuter


Dans beaucoup d'entreprises, "féministe" fonctionne comme une étiquette à éviter, plus que comme une idée à discuter. On accepte de parler d'égalité professionnelle, de mixité, de parité, des mots plus neutres, moins engageants. Le mot lui-même reste associé, dans l'esprit de beaucoup, à une posture jugée excessive, conflictuelle, ou datée.


Le problème n'est pas de préférer un mot à un autre. Le problème, c'est ce que cet évitement produit chez les femmes qui travaillent dans ces entreprises : une retenue avant même d'avoir parlé, sur un sujet qui les concerne directement.


Ce que la peur du mot révèle, en réalité


Le mot n'est jamais le vrai sujet. Le vrai sujet, c'est ce qu'il coûte de nommer un fait dans une pièce où on décide de votre évolution.


Une femme qui nomme un déséquilibre réel prend un risque différent de celui que prendrait un homme faisant la même remarque. Elle risque d'être perçue non plus comme quelqu'un qui observe un fait, mais comme quelqu'un qui défend une cause, et donc, dans l'esprit de certains, comme quelqu'un de moins objectif sur le sujet.


C'est le même mécanisme que celui du "leadership féminin" : une étiquette qui permet de requalifier un constat en trait de caractère, pour ne pas avoir à traiter le fond.


Nommer, sans porter l'étiquette à la place du fait


Il m'est arrivé, en comité, de dire à peu près ceci face à un écart de rémunération qu'on essayait de ne pas nommer trop précisément : "Je vais dire ce qu'on essaie de ne pas dire : à poste équivalent, cet écart n'a pas de raison d'exister. Ce n'est pas une opinion, c'est un chiffre."


Je n'ai jamais eu besoin de prononcer le mot "féministe" dans ces moments, pas plus que devant la boîte aux lettres de mes grands-parents. Ce qui comptait n'était pas l'étiquette que j'assumais ou évitais. C'était de ne pas laisser le fait se diluer dans un silence poli, ou dans un rire étouffé.


La vraie question n'est jamais "faut-il se dire féministe en réunion". C'est "qu'est-ce qu'on s'autorise à nommer, une fois qu'on a constaté quelque chose de réel".


Ce que ça change de sortir de l'évitement


Sortir de la peur du mot ne veut pas dire le porter en étendard dans chaque réunion. Ça veut dire ne plus laisser le mot décider, à votre place, de ce que vous avez le droit de nommer.


Une femme qui observe un écart réel n'a pas à choisir entre se taire par prudence et se faire cataloguer en le disant. Elle peut nommer le fait, sans avoir à défendre une étiquette qu'elle n'a jamais revendiquée.


C'est cette habitude que je retrouve aujourd'hui dans mon travail de coach : accompagner des femmes qui voient très bien ce qui se joue autour d'elles, mais qui hésitent encore à le nommer à voix haute, de peur que le fait se transforme en position à défendre.


Ma grand-mère n'a jamais changé cette étiquette elle-même. Il aura fallu la question d'un enfant de huit ans, qui n'avait pas encore appris à ne pas la poser. Le mot ne détermine pas la légitimité du constat. Ce qu'on s'autorise à nommer, si. Ce réflexe de prudence, avant de nommer ce qui est pourtant visible pour vous, se travaille précisément en coaching. Le coaching féminin part de ces moments-là. Anne Sauvaget est coach professionnelle certifiée et praticienne du bilan de compétences. Elle accompagne en ligne, partout en France, les femmes qui souhaitent clarifier leur trajectoire professionnelle et reprendre la main sur leur évolution.

 
 
 

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