top of page

Et si la sororité n'était pas une valeur mais une compétence à développer

31 août
3 min de lecture
Bannière blog Anne Sauvaget


Une directrice commerciale reçoit un compliment devant son équipe pour un dossier qu'elle a porté seule pendant trois mois. Sa collègue, assise à côté d'elle, détourne le regard et enchaîne sur un autre sujet.


Une semaine plus tard, en comité de direction, une femme cadre propose une idée. Personne ne réagit. Trente secondes après, un homme reformule la même idée avec d'autres mots. On l'adopte. Aucune des trois femmes présentes dans la salle ne fait le lien à voix haute.


Ces deux scènes se répètent dans beaucoup d'organisations, sous des formes variées.


Un principe qui ne dit rien de la pratique


On parle souvent de la sororité comme d'un principe : les femmes devraient se soutenir entre elles. Formulé de cette façon, le sujet reste une intention. Il ne dit rien du moment précis où une femme choisit de citer le nom d'une collègue devant sa hiérarchie, de relancer une idée qu'on vient d'ignorer, ou de couper court à une comparaison du type « elle, au moins, elle ne se plaint pas ».

Une valeur s'affirme dans un discours. Une compétence se pratique, se rate, se corrige, se retravaille.

La sororité au travail se joue dans une série de comportements précis et observables, qui se construisent comme n'importe quelle autre compétence managériale, plutôt que dans un sentiment de solidarité générale.


Ce que ça donne, concrètement


Sur le terrain, cette compétence prend des formes simples et repérables :

  • Attribuer une idée à la bonne personne, même quand elle a été reprise par quelqu'un d'autre dans la même réunion.

  • Citer une collègue par son nom auprès d'un décideur, plutôt que de laisser un travail rester anonyme.

  • Refuser de se positionner comme « l'exception » face à d'autres femmes jugées trop ceci ou pas assez cela.

  • Donner un retour direct à une collègue plutôt qu'un silence poli qui n'aide personne à progresser.

  • Proposer le nom d'une femme quand une opportunité, un poste ou une prise de parole se présente.


Aucun de ces gestes n'a besoin d'un contexte particulier. Ils se posent en réunion, dans un couloir, dans un mail de recommandation.


Pourquoi ce réflexe manque souvent


Ce n'est pas une question de caractère. C'est un réflexe appris dans des contextes où les postes pour femmes en position de responsabilité restaient rares, et où se distinguer individuellement a longtemps été la seule stratégie disponible.

Dans ce contexte, protéger sa place a précédé la solidarité. Le résultat se voit encore aujourd'hui : des femmes compétentes qui hésitent à mettre une autre femme en avant, par prudence acquise plutôt que par choix.

Nommer ce mécanisme permet de le traiter comme ce qu'il est : un point de travail, pas un défaut de personnalité.


Ce que ça change dans une équipe


Quand ce comportement se travaille et se répète, l'effet se mesure sur des points concrets : l'information circule plus vite entre les femmes d'une même organisation, les crédits de travail reviennent aux bonnes personnes, les femmes en début de carrière trouvent des relais plutôt que des rivales, et les décisions de promotion s'appuient sur des recommandations formulées à voix haute plutôt que sur un silence prudent.

Ce sont des résultats d'équipe. Pas une ambiance.


Une compétence qui se travaille


Accompagner des femmes managers et cadres sur leur posture, leur légitimité et la façon dont elles occupent l'espace professionnel fait partie du travail mené en coaching individuel. La sororité, quand elle reste une intention, ne change rien à un système. Quand elle devient un comportement répété et volontaire, elle modifie la façon dont une équipe fonctionne.


La question à se poser n'est pas « suis-je solidaire des femmes de mon entourage professionnel ? ». C'est : « la dernière fois qu'une collègue a été ignorée en réunion, qu'ai-je fait dans les trente secondes qui ont suivi ? »


La sororité en entreprise


Anne Sauvaget est coach professionnelle certifiée RNCP et niveau L2 ICF. Après 30 ans dans le secteur du voyage d'affaires Premium VIP, jusqu'à un poste de Global Director d'une entité, elle accompagne aujourd'hui en ligne, partout en France, les femmes managers et entrepreneures qui souhaitent renforcer leur posture et leur légitimité professionnelle. Certifiée SERUM, elle conçoit et anime des bilans de compétences éligibles au CPF.


 
 
 

Posts récents

Voir tout
Être féministe n'est pas un gros mot

J'avais huit ans. Sur la boîte aux lettres de mes grands-parents, il était écrit "M. et Mme Jean-Jacques Renault". J'ai demandé à mon grand-père : Pourquoi est-ce que mamie s'appelle Jean-Jacques ? Il

 
 
 
Le leadership n'est ni féminin ni masculin

Une cliente m'a montré un jour le programme d'une formation qu'on lui proposait en interne : "Développer son leadership féminin." Elle dirigeait une équipe de douze personnes depuis quatre ans. Person

 
 
 

Commentaires


bottom of page